Un seuil symbolique franchi
L’année 2025 marque une étape notable, avec plus de 20 millions de voitures électriques vendues, soit un quart des immatriculations : environ 5% du parc automobile est désormais électrifié. Ce basculement a déjà un effet tangible sur la demande pétrolière, puisqu’il a permis dans le même temps l’économie de 1,2 million de barils par jour.
La Chine domine largement le jeu : avec 13 millions de véhicules immatriculés en 2025, l'électrique représente désormais plus de la moitié des ventes neuves nationales. De son côté, l’Europe a connu une reprise marquée (+30% des ventes, et près de 28% du marché), stimulée par le durcissement des normes d'émissions de CO2 et des mesures de soutien nationales. Les États-Unis stagnent en revanche autour de 1,5 million de ventes, l'anticipation de la fin de certains crédits d'impôt ayant provoqué une ruée vers l'achat suivie d'un net ralentissement.
Autour de ces trois pôles, les marchés émergents accélèrent : l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine, et différents pays d’Afrique et du Moyen-Orient enregistrent des progressions parfois très rapides, souvent portées par l’arrivée de modèles chinois à bas coût. Si l’électrification change désormais d’échelle, elle reste tributaire des politiques publiques et de l’accès à des véhicules abordables.
Le verrou du prix et des infrastructures
La baisse globale des prix résulte d’un triple mouvement : le recul du coût des batteries, l'introduction de modèles compacts et les stratégies tarifaires agressives des constructeurs. Mais cette tendance se heurte, en Occident, au goût des consommateurs pour les véhicules lourds qui maintiennent les prix à un niveau élevé. Ce déficit d'offre d'entrée de gamme freine l'adoption de masse et pèse sur les flottes professionnelles, dont le renouvellement est pourtant crucial pour alimenter le marché de l'occasion. Contrairement à la Chine, où la parité financière immédiate accélère la transition sur tous les segments.
À mesure que le parc progresse, la viabilité de cette transition dépend d'un réseau de recharge suffisamment dense.À mesure que le parc progresse, la viabilité de cette transition dépend d'un réseau de recharge suffisamment dense.
À court terme, l’enjeu principal reste celui des investissements et de la planification territoriale. Mais son expansion rapide pose également des défis de capacité locale et de gestion des pics de demande que l'émergence de la recharge intelligente et du Vehicle-to-Grid (V2G) tentent progressivement de résoudre.
L'infrastructure de recharge participe à déterminer le rythme de chaque catégorie de véhicules. Les deux et trois roues restent ainsi le segment le plus converti, notamment dans les économies émergentes, grâce à la simplicité de leur recharge à domicile ou par échange de batterie. À l'autre extrême, le transport de marchandises poursuit sa mutation chaotique : les ventes de camions électriques ont doublé en 2025 pour atteindre 9 % du marché mondial, mais ce rythme est largement porté par la Chine et son modèle de stations d'échange de batteries (battery swapping), tandis que l’Europe, confrontée au défi du déploiement de bornes ultra-rapides (mégawatts), reste en attente de la parité de coût avec le diesel prévue vers 2030.
Tensions industrielles et perspectives pour 2026.
Derrière cette diffusion globale et multisectorielle se profile toutefois une concentration industrielle critique : la Chine capte une part écrasante de la production mondiale de batteries et des exportations. Si cette capacité industrielle permet de diffuser des modèles moins chers, cette hégémonie alimente également de fortes tensions commerciales avec l'Occident — un rappel que la transition se joue aussi sur la souveraineté industrielle, et la robustesse des chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, l’AIE anticipe pour 2026 une progression du marché mondial à 23 millions de véhicules électriques vendus. Mais la régularité de cette trajectoire dépendra avant tout de la continuité et de l'orientation des politiques publiques, de la disponibilité de modèles compétitifs et de la flexibilité des réseaux électriques. Son impact écologique réel dépendra, lui, de la vitesse de renouvellement du parc et de la nature des mix électriques nationaux.
Le rapport complet.