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8 milliards qui auraient pu accélérer la décarbonation

Alors que les tensions autour du détroit d'Ormuz font à nouveau peser une menace sérieuse sur les approvisionnements pétroliers mondiaux, un chiffre mérite d'être rappelé : lors du choc énergétique de 2022, la France a dépensé plus de 8 milliards d'euros pour subventionner la consommation de carburants fossiles — principalement via la remise à la pompe de 18 centimes par litre et l'indemnité carburant.

Alors que les tensions autour du détroit d'Ormuz font à nouveau peser une menace sérieuse sur les approvisionnements pétroliers mondiaux, un chiffre mérite d'être rappelé : lors du choc énergétique de 2022, la France a dépensé plus de 8 milliards d'euros pour subventionner la consommation de carburants fossiles — principalement via la remise à la pompe de 18 centimes par litre et l'indemnité carburant.

Un diagnostic sévère de la Cour des comptes

Dans son rapport public thématique de mars 2024, la Cour des comptes évalue le coût brut total des mesures exceptionnelles anti-hausse des prix de l'énergie à près de 72 milliards d'euros sur la période 2021-2024, pour un coût net de 36 milliards d'euros. Elle souligne que ces mesures ont été décidées « à l'encontre des objectifs de décarbonation des usages de l'énergie » : en comprimant artificiellement les prix à la pompe, l'État a réduit les incitations à la sobriété et retardé les arbitrages vers des mobilités décarbonées. En outre, plus de 90% des sommes mobilisées ont bénéficié indistinctement à l'ensemble des consommateurs – moins de 5% ont été spécifiquement orientés vers les ménages les plus vulnérables– , profitant de facto davantage aux gros rouleurs et aux propriétaires de véhicules lourds.

Autrement dit, la quasi-totalité de l'effort budgétaire a servi à prolonger la dépendance aux fossiles, plutôt qu'à la réduire.

Ormuz : le rappel à l'ordre géopolitique

La crise autour du détroit d'Ormuz — par lequel transitent près de 20% des approvisionnements pétroliers mondiaux — illustre avec une clarté douloureuse le coût stratégique de cette dépendance. Chaque baril importé est un vecteur de vulnérabilité : économique, budgétaire, géopolitique. Face à un nouveau choc pétrolier potentiel, la France se retrouverait dans la même posture qu'en 2022 — contrainte de choisir entre inflation, déficit ou décarbonation.

C'est précisément cette logique que l'Alliance pour la décarbonation de la route entend briser : accélérer la transition vers des véhicules et des carburants décarbonés, c'est réduire structurellement l'exposition de l'économie française aux chocs géopolitiques sur les marchés pétroliers. Les 8 milliards dépensés en 2022 pour tenir les prix à la pompe auraient représenté une part décisive des investissements nécessaires à cette transition. Un choix de politique publique qui, au regard de la situation actuelle, prend tout son sens.

Sources : Cour des comptes, rapport public thématique « Les mesures exceptionnelles de lutte contre la hausse des prix de l'énergie », mars 2024.

Publié le 11 mars 2026