Un diagnostic sévère de la Cour des comptes
Dans son rapport public thématique de mars 2024, la Cour des comptes évalue le coût brut total des mesures exceptionnelles anti-hausse des prix de l'énergie à près de 72 milliards d'euros sur la période 2021-2024, pour un coût net de 36 milliards d'euros. Elle souligne que ces mesures ont été décidées « à l'encontre des objectifs de décarbonation des usages de l'énergie » : en comprimant artificiellement les prix à la pompe, l'État a réduit les incitations à la sobriété et retardé les arbitrages vers des mobilités décarbonées. En outre, plus de 90% des sommes mobilisées ont bénéficié indistinctement à l'ensemble des consommateurs – moins de 5% ont été spécifiquement orientés vers les ménages les plus vulnérables– , profitant de facto davantage aux gros rouleurs et aux propriétaires de véhicules lourds.
Autrement dit, la quasi-totalité de l'effort budgétaire a servi à prolonger la dépendance aux fossiles, plutôt qu'à la réduire.
Ormuz : le rappel à l'ordre géopolitique
La crise autour du détroit d'Ormuz — par lequel transitent près de 20% des approvisionnements pétroliers mondiaux — illustre avec une clarté douloureuse le coût stratégique de cette dépendance.
Chaque baril importé est un vecteur de vulnérabilité : économique, budgétaire, géopolitique. Face à un nouveau choc pétrolier potentiel, la France se retrouverait dans la même posture qu'en 2022 — contrainte de choisir entre inflation, déficit ou décarbonation.
C'est précisément cette logique que l'Alliance pour la décarbonation de la route entend briser : accélérer la transition vers des véhicules et des carburants décarbonés, c'est réduire structurellement l'exposition de l'économie française aux chocs géopolitiques sur les marchés pétroliers. Les 8 milliards dépensés en 2022 pour tenir les prix à la pompe auraient représenté une part décisive des investissements nécessaires à cette transition. Un choix de politique publique qui, au regard de la situation actuelle, prend tout son sens.
Sources : Cour des comptes, rapport public thématique « Les mesures exceptionnelles de lutte contre la hausse des prix de l'énergie », mars 2024.